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Démarche artistique

Démarche artistique

Ma pratique photographique s’attache à la place des individus dans les environnements qu’ils traversent, habitent et transforment. J’y observe les formes de présence, de distance, de convivialité ou de tension qui structurent les relations humaines, dans un monde où les déséquilibres sociaux, écologiques, économiques et politiques se manifestent avec une acuité croissante.

À travers la photographie, je m’intéresse autant à ce qui relie les êtres qu’à ce qui les sépare. Mes images interrogent des situations où fragilité et résistance coexistent, où les gestes ordinaires, les usages d’un lieu, les comportements collectifs ou certains signes plus discrets révèlent une manière d’être au monde.

Mon travail se construit en séries. J’accorde une attention particulière à la couleur, à la composition et au rythme des images. La photographie devient pour moi un espace d’observation et de questionnement, capable de faire apparaître des relations, des écarts, des tensions ou des continuités qui ne se donnent pas toujours immédiatement au regard.

Une cohérence en mouvement

À l’heure où les images circulent massivement et peuvent même être simulées, la question de l’auteur ne se réduit plus à la stabilité d’un style. Une unité visuelle trop lisible ne suffit plus à fonder une démarche, pas plus qu’elle ne garantit la singularité d’un regard.

Je n’envisage donc pas mon travail comme la répétition d’une signature formelle. Ce qui relie mes projets tient moins à une esthétique constante qu’à une cohérence de pensée. D’un ensemble à l’autre, je reviens à une même préoccupation : la notion de lien.

Ce lien change de forme selon les projets. Il peut apparaître entre les individus, entre l’humain et son environnement, entre le présent et ce qui persiste du passé, ou encore dans la manière dont une image reconfigure une situation, un lieu ou une expérience.

L’unité de ma démarche ne se situe pas dans un style identifiable à tout prix, mais dans une manière de regarder, de construire des images et d’interroger ce qui relie, éloigne, transforme ou fragilise les êtres, les lieux et les temporalités.

Repères

Cette page rassemble des démarches qui s’inscrivent dans un même champ de recherche. Chaque projet y occupe une position singulière et explore une configuration particulière du lien.

Certains portent davantage sur les relations sociales et les formes de convivialité. D’autres interrogent les rapports entre l’humain, le vivant et les systèmes symboliques qui les entourent. D’autres encore déplacent l’attention vers le temps, la mémoire ou la persistance de gestes et de formes ordinaires.

Chaque série reprend ainsi une question commune à partir d’un autre lieu, d’une autre situation et d’un autre régime de relation.

Parcourir les projets

Chaque projet peut être lu indépendamment, mais aussi en relation avec les autres. On peut y entrer par un portfolio, ou parcourir cet ensemble comme un champ de recherche, où certaines questions reviennent, se reformulent, se déplacent.


Tête-à-la-Baleine

Lien territorial / relationnel, négocié

Tête-à-la-Baleine ? Pourquoi ? Vous cherchez quoi ?
C’est la question que tous les Baleinois que j’ai rencontrés m’ont posée.

Souvent, je regarde la carte du Québec. Je vois les villes et les villages, notamment ceux qui s’égrènent le long de la côte. La Basse-Côte-Nord m’intrigue. Pays lointain. Le Nord. Le froid. L’isolement. Que font les gens là ? Qu’est-ce qui les pousse à rester là ? C’est quoi la vie pour eux ? Sur quoi bâtissent-ils leur « vivre ensemble »? Dans quel environnement vivent-ils ?

Pas de route. Un bateau, mais seulement une fois par semaine, et pas en hiver. Pas de commerces. Pas de services ou juste l’essentiel, exclusivement sur demande. Une succursale bancaire, une épicerie, ravitaillée par avion une fois par semaine lorsque la météo le permet, un comptoir de la poste dans une maison, desservi également par avion, un dispensaire rudimentaire, pas de médecin, pas de pharmacie, pas d’électricien, pas de plombier, pas de garage, une école au bord de la fermeture. Pas de restaurant, pas de magasin ni de boutique. « Rien ». Cent habitants. Un climat subpolaire. Froid, très froid. Le village meurt doucement. Comme Aylmer Sound, son voisin, il pourrait disparaître.

De nombreuses maisons sont vides, interdites d’accès. Il y a aussi une église, pas de curé, avec une croix vacillant dangereusement sur le clocher. Tout un symbole. Le seul lien avec les « voisins », c’est l’hélicoptère… ou la motoneige pour visiter les villages les plus proches en hiver, rarement le bateau en été. La route 138? On l’attend… patiemment… depuis cinquante ans. L’hiver et le mois de juillet… vraiment.

Triste description, et pourtant, sur place, ce n’est pas cela qu’on voit.

En photographiant les gens, j’ai essayé de capter leur esprit dans un environnement hors du commun, et de le traduire à un niveau poétique et chaleureux, même entouré de froid. L’environnement, pour nous hostile, ne les dérange pas plus que cela. À titre d’exemple, les îles du large, qui font partie de leur patrimoine historique, sont accessibles en été comme en hiver : un bateau ou une motoneige suffisent, la banquise fait le reste.

Ils sont épris de liberté et fiers des maisons qu’ils ont bâties de leurs propres mains. Ils sont propriétaires de leur territoire au sens très large du terme, et même si la population déclinait et que les emplois se faisaient rares, ils ont refusé autrefois la proposition gouvernementale d’un parc national, au nom de leur liberté sur leur territoire. Aujourd’hui, ils semblent être d’un avis différent, prêts à faire ce que certains appellent des concessions pour la survie du village, et voudraient probablement relancer le projet… Quelle résilience !

Entrer en contact a été simple, mais cela ne veut pas dire immédiat.

Un grand photographe américain, Alec Soth, notamment avec Sleeping by the Mississippi, est reconnu pour trouver une chimie relationnelle avec des étrangers et il aime bien photographier les solitaires et les rêveurs. Il s’intéresse aux endroits retirés où les gens cherchent à échapper à toute civilisation.

Dans un certain sens, je partage avec lui cette expérience relationnelle, même si les Baleinois ne cherchent aucunement à échapper au monde qui nous entoure. Ils font société avec le reste du Québec. Ils profitent du même degré de confort que les autres Québécois. C’est ce qu’ils affirment, et dans une certaine mesure, c’est vrai. Ils ne sont ni solitaires ni rêveurs, mais ils veulent aussi qu’on les laisse « tranquilles », qu’on n’envahisse pas leur territoire. Et, de prime abord, un photographe pouvait être perçu comme envahissant.

Les photographier n’a pas été une chose aisée… Une fois le principe accepté, je n’avais que quelques minutes pour entrer dans les maisons, établir un lien avec les gens, me faire une idée de certains aspects de leur personnalité, et savoir ce qui compte dans leur vie, afin d’en déduire un endroit propice à la prise de vue, qui intégrerait tous ces éléments. Autrement dit, le contexte de tous les portraits signifie quelque chose, les intérieurs racontent une histoire. Les photographies de paysage enrichissent ce contexte. Le froid est omniprésent à l’extérieur, et le bleu percole dans les images.

En rentrant dans l’intimité des gens, et en faisant leurs portraits, j’ai compris qu’ils étaient fiers. Certains ont l’air de dire : « T’attendais-tu à ça ici ? »

Soth peint un monde de désillusion de ceux qu’il photographie, un peu comme l’a fait avant lui Robert Frank dans la grande tradition des « road trips » américains. Moi, j’ai voulu rester à un seul endroit, tout petit, mais immense. Le monde que j’ai rencontré n’est en rien désillusionné ou nostalgique d’un passé qui aurait disparu, au contraire. Et cela paraît. Les habitants s’opposent à la fermeture éventuelle du village, ils ont déjà sauvé l’école en favorisant l’installation de plusieurs familles réfugiées ukrainiennes avec leurs enfants. Toute une histoire. Ils m’ont même demandé de les aider en reprenant la tradition des photos scolaires, ce que j’ai fait avec plaisir.

Tête-à-la-Baleine est aussi le seul village francophone sur la Basse-Côte-Nord. À l’isolement géographique s’ajoute l’isolement linguistique. Tous ont en tête la fermeture d’Aylmer Sound, ce petit village à quelques encablures, où les habitants, avant de partir, ont dû raser leurs maisons, effacer une partie de leur vie. C’est pourquoi la série d’images commence par une représentation d’Aylmer Sound dans un tableau.

Je ne me sens pas l’auteur exclusif des portraits. Chacun m’a montré une facette de son moi intérieur au cours d’un dialogue entre les regards. Le dire est un lieu commun, mais on a affaire ici à des gens très jaloux de leur liberté. Leur image en fait partie, et ils montrent probablement ce qu’ils veulent bien montrer. C’est parfois un petit jeu de cache-cache entre nous. Pour aller dans le même sens, plusieurs, avec qui j’ai eu la chance de sympathiser, ont refusé de « se faire prendre » en photo.

Dans les sous-sols et les débarras, on retrouve un peu de leurs histoires, de leurs préoccupations, de leur mode de vie, de leurs croyances. Certains objets, parfois considérés comme insignifiants, sont les derniers témoins d’un passé révolu. Mais certaines traditions perdurent, et leurs photos poussent à imaginer et à rêver.

Tête-à-la-Baleine ? Pourquoi ? Vous cherchez quoi ?
Une réponse se trouve peut-être dans mes images.


Anthropique

Lien inter-espèces / symbolique, médié par l’histoire de l’art

Anthropique s’inscrit dans une réflexion sur l’Anthropocène, cette époque géologique où l’homme est devenu une force modifiant profondément les écosystèmes terrestres. Ce concept nous invite à repenser notre place dans la nature, non comme une espèce dominante, mais comme un élément parmi d’autres, engagé dans un équilibre fragile avec le reste du vivant.

Il est urgent de questionner notre rapport au monde animal, partout où la richesse de la faune sauvage a longtemps été perçue comme acquise. Le cas le plus flagrant est celui de la faune africaine. Pourtant, cette abondance est aujourd’hui menacée, et l’avenir des animaux sauvages est indissociable du nôtre.

Mon projet initial consistait à me rendre dans divers zoos et parcs animaliers, pas trop éloignés de chez nous, pour servir mon propos : faire un lien visuel entre une histoire de l’art et l’évolution des espèces, liées à notre avenir.

Mon regard est donc très différent de celui des photographes traditionnels qui capturent le plus souvent in situ la majesté des animaux sauvages, comme Nick Brandt, même si nous partageons certains objectifs.

Plutôt que de chercher des scènes grandioses et spectaculaires, de toute façon difficiles à obtenir dans l’environnement artificiel que j’envisageais, j’ai opté pour des portraits simples, parfois quasi-intimistes, dans le but de saisir des regards, parfois fugaces.

Ces portraits devaient souligner la vulnérabilité des espèces, parfois perçues comme invincibles à cause de leur stature ou de leurs capacités physiques.

Le parallèle avec l’histoire de l’art de la Sanguine s’est imposé de lui-même dans mon travail, comme une métaphore signifiante, mais cela va plus loin qu’une simple métaphore.

À travers ce choix, je mets en regard l’évolution de cette technique de dessin, tombée en désuétude au fil du temps, et celle des espèces animales menacées, elles aussi sur le point de disparaître.

Si la Sanguine désigne une famille de pigments allant du rouge ambré, terreux, à l’orange, en passant par l’ocre et le marron, produite à partir d’hématite, la teinte chaude de la savane elle-même naît aussi de cette même matière minérale.

Le lien n’est donc pas seulement symbolique.

On appelle également Sanguine une œuvre exécutée avec ce type de pigment. Apparue à la Renaissance (XVe siècle), elle connaît son apogée au XVIIIe siècle, avant d’entrer dans un déclin rapide.

Cette tonalité rouge brun de la savane, particulièrement présente dans la faune et la flore, rejoint parfaitement celle que des maîtres comme Léonard de Vinci ou Rembrandt ont longuement explorée.

Puis, un jour, l’opportunité d’un voyage en Afrique s’est présentée. C’était l’occasion unique de bonifier mon projet. J’ai alors choisi de conserver le concept que j’avais en tête et de faire mes images là-bas en pleine nature, en pleine « Sanguine ».

J’ai limité la présence du paysage, le réduisant à sa plus simple expression, comme un symbole d’une nature fragile qui se dégrade progressivement.

L’image de Léonard de Vinci qui m’a principalement servi de base pour choisir la colorimétrie de mes Sanguines est ici.

Afin de souligner cette fragilité, j’ai choisi d’imprimer mes photographies sur un papier japonais très fin, en écho aux gravures de Rembrandt sur papiers orientaux.

Ce choix de papier, qui laisse passer la lumière, renforce l’idée de transparence et de fragilité et véhicule en même temps un message écoresponsable.

En effet, ce papier 100 % naturel est récolté et fabriqué à la main, sans produit chimique, à partir de l’écorce de mûrier, ne menaçant pas la survie de l’arbre. Il est biodégradable et compostable.

Le format carré apporte une touche moderne à ces images, tout en les inscrivant dans une tradition artistique ancienne.

La fine granularité de ce papier au teint chaud était appréciée des artistes de la Renaissance, ne serait-ce que par la bonne prise du crayon de sanguine sur cette matière.

Au total, par ma démarche, je souhaite inviter le spectateur à une prise de conscience : l’avenir de la faune sauvage, quel que soit le continent, et celui de l’humanité sont intimement liés. Il est urgent de préserver cet équilibre fragile.


Blue Mood

Lien perceptif / intérieur, filtré

Un matin, sur une plage du Maine, le bleu s’est imposé moins comme une couleur que comme une condition de perception. Rien de spectaculaire : une présence diffuse, une qualité d’atmosphère qui modifiait la lecture du lieu. Le paysage, les corps et les gestes semblaient traversés par une même matière.

Sur cette plage, les comportements ordinaires continuaient. On marchait jusqu’au même point avant de revenir, on courait, on installait des parasols, on jouait. Ces gestes, associés d’ordinaire à la clarté estivale, persistaient dans une lumière devenue incertaine. C’est cette continuité qui a retenu mon attention.

De retour au Canada, j’ai compris que cette expérience visuelle pouvait devenir le point de départ d’un projet. L’été suivant, je suis revenu sur cette plage pour poursuivre cette recherche et éprouver à nouveau ce climat particulier, qui, par chance, s’est reproduit.

Dans cet espace ouvert, les relations oscillent entre proximité et séparation. Certains se croisent, s’arrêtent, échangent ; d’autres passent sans se voir. Le bleu unifie les scènes, mais il n’efface pas la distance. Il la rend, au contraire, plus sensible.

Ce « mood » n’est pas celui des personnes photographiées. Il est le mien. Il naît d’un léger malaise, d’une surprise devant la persistance de gestes familiers dans une atmosphère qui en déplace la lecture. Le projet s’est construit à partir de cet écart.

Blue Mood ne relève pas du récit ni de l’événement. La série part d’un état du regard. Le bleu n’y reflète pas l’humeur des figures photographiées ; il agit comme un filtre perceptif qui recompose les scènes les plus ordinaires et y instaure un calme étrange.

Le bleu agit comme un filtre, il déplace la perception.


Jours de fêtes

Lien ritualisé / symbolique, mis en scène

Les contes de Fred Pellerin disent parfois une vérité du monde contemporain que certaines représentations médiatiques peinent à saisir.

Je m’intéresse depuis longtemps à l’évolution des relations humaines, aux références culturelles qui les façonnent et à la manière dont différentes sociétés envisagent leur avenir. À l’heure où s’affirment les identités individuelles et les différences, il me semble tout aussi nécessaire de regarder ce qui continue à nous relier.

Je me suis rendu à Saint-Élie-de-Caxton, au Québec, puis à Sainte-Sévère-sur-Indre, en France, territoires associés respectivement à Fred Pellerin et à Jacques Tati. Réalisé sur plusieurs années dans ces deux lieux, ce travail observe comment de petites communautés maintiennent ou réinventent leurs formes de sociabilité. Les contes de Fred Pellerin, comme la vie quotidienne à Saint-Élie, en montrent à la fois la force et la fragilité.

Jacques Tati observait déjà, dans les années 1950, avec humour et tendresse, l’évolution d’une société moderne parfois plus efficace que chaleureuse. Son film Jour de fête, tourné à Sainte-Sévère-sur-Indre, mettait en scène cette mutation. C’est aussi par la Maison de Jour de Fête que j’ai établi mes premiers contacts dans le village.

Dans cette série, je m’attache à observer comment les liens communautaires évoluent. La modernité tend souvent à éloigner les individus plus qu’à les rapprocher, même si elle crée d’autres formes de contact. Face à cela, certaines communautés continuent à préserver des espaces de rencontre, parfois très différents dans leur forme mais proches dans leur fonction.

Entre la France et le Québec, les références historiques, culturelles ou religieuses divergent. L’anticléricalisme français est ancien ; la Révolution tranquille québécoise est plus récente. Ici, la cérémonie officielle devant le monument aux morts ; là, la coexistence entre traditions religieuses, pratiques culturelles et nouvelles formes de spiritualité. Pourtant, derrière ces différences visibles, subsiste souvent une même volonté de faire société.

Ces rituels ne se contentent pas de rassembler : ils redéfinissent souvent, parfois sans que l’on en ait pleinement conscience, ce qui continue à relier les individus. La série photographique en révèle progressivement les indices.

L’humour n’est jamais loin. Chez Tati comme chez Pellerin, il agit comme un révélateur. Mes photographies s’inscrivent dans cet esprit : regarder sans moquerie, avec une distance attentive, parfois amusée, toujours bienveillante.

Les images montrent le lien à l’œuvre ; leur lecture rappelle simplement combien il serait dommage qu’il s’efface.

Dans la forme, je privilégie des images prises sur le vif, ancrées dans la réalité quotidienne.

Ce travail n’est ni un constat nostalgique ni un discours sociologique. Il s’agit plutôt d’une observation sensible : malgré les mutations sociales, des formes de lien persistent, parfois inattendues.

Souvent fragiles, parfois inattendus, les liens vivent aussi de l’attention qu’on leur porte. C’est le message que j’en retire.

Le lien n’est pas un acquis: il se préserve.


Résonance du temps

Lien perceptif / temporel, contextuel, mobile

Ce projet est né d’une observation simple : le temps ne se présente jamais de façon uniforme. Selon le lieu, la lumière, l’attention qu’on y porte, il semble s’étirer, se contracter ou se superposer. Certaines images paraissent immédiatement contemporaines, d’autres donnent l’impression d’appartenir à plusieurs moments à la fois.

En photographiant des lieux marqués par l’histoire autant que des situations très actuelles, j’ai été frappé par cette coexistence discrète des temporalités. Un détail ancien persiste dans un décor récent, et inversement. Une atmosphère peut faire basculer un présent ordinaire vers quelque chose de plus difficile à situer.

Il ne s’agit pas d’illustrer une théorie ni de raconter une époque. Ce qui m’intéresse est plutôt cette perception instable du temps : celle où passé et présent ne s’opposent pas forcément, mais se croisent, se frôlent, parfois se confondent.

Certaines images jouent aussi avec des sensations contradictoires : lumière franche et pénombre, activité et suspension, traces très anciennes et signes très contemporains. Ces écarts ouvrent un espace de perception où chacun peut projeter sa propre expérience du temps.

Ce travail reste ouvert. Il avance par touches successives, au gré des situations rencontrées et des résonances qu’elles provoquent. Plus qu’une série fermée, c’est un champ d’observation en cours.

Le temps n’est pas une mesure fixe : il varie avec les liens que tisse l’expérience.